LA CORRECTION (*)

La correction englobe l’ensemble des opérations de contrôle des textes composés et de leur mise en page. Corriger un texte, c’est le lire en cherchant et en indiquant toutes les erreurs et les fautes qu’il contient, tant grammaticales, orthographiques que typographiques... C’est aussi, dans le même temps, vérifier le sens et la cohérence, qui peuvent être trahis par un mot manquant, une date erronée, une photographie inversée, voire une simple virgule...

Lire aussi l’article de Sophie Brissaud « La lecture angoissée ou la mort du correcteur », paru dans le numéro 31 des Cahiers GUTenberg (document .pdf).
 

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LE PROCESSUS DE CORRECTION

 

    Depuis l’avènement de l’imprimerie, et même bien avant celle-ci, jusqu’à celui de la PAO et d’Internet, deux époques se sont succédé, qui déterminent la façon de corriger et l’étendue de l’action du correcteur.

La double saisie

    A l’époque du plomb comme lors de l’arrivée de la photocomposition, les matériels utilisés pour la composition (casse typographique, puis machines du type Linotype, enfin ordinateurs et consoles) étaient d’une utilisation réservée à des personnels longuement et spécialement formés, car ces matériels étaient chers, rares, encombrants et leur emploi était très compliqué. La « saisie » était donc confiée à des professionnels (typographes, linotypistes, clavistes) qui recomposaient les textes manuscrits confiés par l’auteur...

    La tâche du correcteur consistait à comparer scrupuleusement la copie originale et l’épreuve pour éviter les bourdons et les doublons, à corriger les fautes d’inattention (coquilles) et à contrôler l’observation des règles typographiques (espacements, lézardes...) et la qualité du matériel de composition (lettres abîmées, mélangées, mastics...). Les corrections étaient notées dans les marges de l’épreuve, puis exécutées par le même personnel qui avait composé le texte (corrigeage).


[Voir aussi : Aux origines de la correction.]

La saisie directe

   L’arrivée de la micro-informatique a permis, à partir de 1980, de confier directement aux auteurs, aux écrivains, aux journalistes ou à des dactylographes un matériel de saisie léger, économique, d’utilisation extrêmement simplifiée (comparable à une machine à écrire) et qui produit un fichier informatique directement utilisable pour la mise en page et l’impression. Le correcteur est souvent lui-même équipé d’un micro-ordinateur. Sa tâche de comparaison avec un texte original est supprimée (la copie et l’épreuve ne font qu’un), mais d’autres sujétions ont été ajoutées à sa tâche.

    La première, c’est que le professionnel d’imprimerie connaissait bien et appliquait lors de la composition les règles traditionnelles de l’utilisation des italiques, des gras, des lettres supérieures, des espaces spéciales, savait placer les capitales, composer les abréviations, etc., toutes compétences qui ne ressortissent pas de l’éducation du public moyen. Les règles délicates de la langue (accords des participes passés par exemple, emploi des pluriels, traits d’union...) n’échappaient pas non plus à l’opérateur de saisie. L’utilisation d’un micro-ordinateur comme d’une machine à écrire, par un profane sans formation spécialisée, amène également à devoir corriger une bonne partie des signes nécessaires à un français correct (e dans o, c cédille majuscule, capitales accentuées, ligatures, guillemets, puces, tirets...).

    C’est le correcteur, premier professionnel de la chaîne de fabrication à intervenir après l’auteur, qui est chargé du « nettoyage » du texte, directement lors de la lecture sur l’écran, et simultanément de son corrigeage. Une tâche supplémentaire, dont se serait volontiers passé « le bon correcteur, attentif et omniscient » (André Jouette, Dictionnaire d’orthographe et d’expression écrite) !

 

AIDES INFORMATIQUES A LA CORRECTION

    Quand seront réglés les problèmes d’incompatibilités, de lourdeur d’interface et de divergences entre éditeurs concurrents, les correcteurs pourront bénéficier d’outils informatiques facilitant leur tâche. On peut imaginer que bientôt les dictionnaires, atlas, encyclopédies, annuaires, codes, grammaires... qui encombrent leurs « cassetins » (bureaux des correcteurs) seront remplacés par des fichiers (cédéroms...) de quelques grammes et des branchements sur des réseaux internationaux d’échanges de connaissances (Internet). On rêve qu’un « clic » sur un mot vérifierait son orthographe, révélerait son étymologie, ses synonymes, homographes, sa conjugaison, sa traduction, etc. Déjà, on peut d’un seul mouvement corriger toutes les occurrences d’un mot saisi plusieurs fois de manière fautive, placer automatiquement des ligatures, des espaces spéciales, etc. Toutes ces fonctionnalités sont présentes dans l’environnement à l’heure où nous écrivons, mais à l’état embryonnaire, de manière désordonnée et anarchique, et n’offrent pas encore un gain appréciable de temps ou de compétence pour des correcteurs professionnels.

 

LA MISE EN PAGE

    La mise en page elle-même est aujourd’hui du ressort de logiciels de PAO, voire de traitement de texte, qui travaillent à une très grande vitesse, mais dont les performances en termes de qualité sont encore loin d’égaler celles des typographes ou monteurs traditionnels. Les coupures en fin de ligne (incorrectement appelées aussi césures), les coupures en fin de colonne (veuves et orphelins), les espacements (entre les lignes, entre les mots, entre les lettres), le tableautage et les tabulations, les faux blancs, l’application de feuilles de style, tout doit être vérifié et très souvent modifié à la main en « débrayant » certaines fonctions des logiciels. Aussi, il faut lutter contre la trop grande permissivité des programmes de composition, qui permettent aujourd’hui des approches et des étroitisations outrancières, l’utilisation de corps illisibles, la floraison d’un trop grand nombre de polices de caractères dans une même page, etc. Le « bon goût » typographique n’est pas non plus enseigné à l’école...

 

LE SENS

    Enfin, la fonction la plus noble de la correction, toutes époques confondues, demeure : vérifier que le texte a du sens ! Une légende placée sous la mauvaise photo, une note absente à l’appel, un nombre erroné, un pavé de texte masqué par un dessin, un texte ajouté en dernière minute sur la page montée et non relu préalablement... et c’est l’article entier qui perd son sens, quelquefois l’ouvrage entier qui perd tout crédit ! Dans la jungle des fautes humaines, informatiques, mécaniques, le dernier maillon de la chaîne du « pré-presse » lors de cet ultime contrôle avant bon à tirer, c’est encore le correcteur (qui prend alors le nom de « réviseur »).

Jean-Denis Rondinet.


* Tiré de la Chose imprimée, chez Retz.

Voir aussi : Aux origines de la correction.

Lire aussi l’article de Sophie Brissaud « La lecture angoissée ou la mort du correcteur », paru dans le numéro 31 des Cahiers GUTenberg (document .pdf).